Les pays qui comptent, pris individuellement ou collectivement en sein d’entités, d’alliances et autres unions et directoires politico-économico-militaires, communément connues sous les sigles de G8, G20, OTAN, OCDE, Union Européenne, etc., se préoccupent de la répétition et de la gravité de crises qui secouent le monde. Ils craignent des effets irréversibles sur l’acceptabilité du modèle d’une globalisation et d’une universalité d’un modèle aujourd’hui dominant et sans alternatives prévisibles, celui du capitalisme.
Le modèle communiste a constitué, des décennies durant, l’espoir pour un monde alternatif à celui du capitalisme. Les expériences difficiles d’application maîtrisée dans les ex pays dits socialistes, notamment l’URSS et ses satellites, se sont ébranlées tel un château de cartes, dès que la carte maîtresse, le mur de Berlin s’est effondré en 1989.
Depuis, le mouvement altermondialiste naissant, porté par des forum sociaux en voie de généralisation connaît déjà des signes d’essoufflement , avec des tentatives de remise en cause par des courants sécessionnistes prônant des thèses post-altermondialistes.
Aujourd’hui, face aux directoires qui gouvernent sans aucune légitimité sinon celle des rapports de force en leur faveur, aucune autre force n’a de poids et de volonté politique pour aspirer à participer aux décisions et à faire entendre la voix des sans voix.
Dans la réalité des faits, en ce début du troisième millénaire, les États Unis de Bush ont constitué les maîtres du monde imposant un unilatéralisme sans précédent. Des institutions quasi-onusiennes dictent leurs lois aux pays pauvres qui n’ont d’autres choix que de s’exécuter au risque d’être mis au banc de la communauté internationale. Des multinationales, plus puissantes que beaucoup de pays pauvres, pillent, dans l’indifférence, des secteurs entiers de l’économie mondiale et participent au pillage à l’échelle mondiale et à la construction de mécanismes occultes d’accumulation et de répartition des richesses mondiales au profit de nouvelles classes sociales mondiales en formation.
En Algérie, après une guerre sanglante de décolonisation, aux deux décades héroïques de réappropriation laborieuse , malheureusement inachevée, de son identité, de son économie et de sa culture, se sont succédées trois décades de destruction en règle de ce qui a été construit en marge des règles communes au colonialisme et au capitalisme. Les effets de déstabilisation politique des mouvements religieux extrémistes ont créé les meilleures conditions pour la promotion accélérée de politiques suicidaires de libéralisation, de dérégulation et de privatisation à la plus grande satisfaction du FMI et de la Banque mondiale qui n’hésitaient pas à qualifier l’Algérie de pays modèle d’application des programmes d’ajustement structurel (PAS).
Une stratégie de privatisation accélérée de grandes entreprises nationales de production et ou de service, parfois des filières entières voire des secteurs d’activité ont été bradés, pour l’essentiel à des multinationales qui attendaient impatiemment la reconquête et le pillage de l’Algérie en des formes nouvelles, différentes des formes coloniales étatiques devenues désuettes.
Ce processus se poursuivait à la plus grande satisfaction des directoires du capitalisme mondiale. l’Algérie entrait docilement dans le giron du capitalisme en consolidation dans les cercles concentriques et interdépendants, constitués au niveau du Maghreb, de la Méditerranée du monde arabe, de l’Afrique et du monde entier. Le logiciel de la mondialisation et de la globalisation du capitalisme comme unique modèle de gestion universelle et sans fin de l’humanité prouvait, s’il en était besoin, toute sa pertinence.
Et voilà cette crise financière mondiale de ce mois d’octobre 2008 qui vient rappeler et approfondir d’autres crises non moins mondiales qui se répètent et s’entrecroisent et qui obligent États et directoires en charge du capitalisme mondial à s’impliquer et à écorner les règles d’or de non intervention dans le bon fonctionnement et les capacités d’autorégulation reconnues aux marchés !
Et voilà que le quotidien algérien "le Jeune Indépendant" du 5 novembre 2008, qui titre sur la moitié de la première page : "Devant la persistance de la crise et la menace sur le fleuron de l’industrie nationale : l’Algérie tenue de récupérer El Hadjar". Il s’agit du plus grand complexe sidérurgique réalisé à Annaba à l’Est de l’Algérie, durant la phase de construction de la base d’un économique indépendante du marché mondial, tombé dans l’escarcelle de la multinationale Mittal Steel. Serait-ce un premier signe de réveil et de prise de conscience quant aux effets destructeurs des politiques de privatisation ? un premier pas vers une stratégie de récupération du droit de regard de l’Etat et au-delà, du droit de contrôle démocratique des citoyens sur la gestion, l’exploitation et la bonne répartition des surplus dégagés dans les secteurs stratégiques de l’économie algérienne.
Est-on en droit alors d’oser s’interroger sur le bien-fondé de poursuivre des politiques en cours de privatisation dont l’une des conséquences néfastes et non des moindres est la disqualification et le mépris non mérité des cadres et travailleurs algériens qui ont géré des décennies durant, de activités avec des difficultés communes à l’ensemble des acteurs publics et privés. Est-il raisonnable de confier la gestion élémentaire des aéroports et des ports algériens à des multinationales avec des effets catastrophiques. Est-il responsable de déshabiller le secteur public bancaire en facilitant l’entrée des multinationales dans le capital des banques nationales.
Merci la crise de permettre ce moment de bouffée d’oxygène dans un ciel menaçant, où un vol furtif d’hirondelles n’annonce pas nécessairement le printemps.











